Le Dicton du jour :
« à la Saint Vincent, petit bonhomme, mets ta serpe dans le sarment. »
Une vraie cantine !
Darkoum, Cantine Marocaine
Restaurant|75014 PARIS
Ce nâest pas simplement pour faire un clin dâĆil aux hĂ©ros de la CAN que nous parlons de cette adresse. Câest parce quâelle est Ă©tonnante. Le quartier Daguerre a gardĂ© une Ăąme trĂšs forte et cette adresse y est bien Ă sa place.
LâintitulĂ© donne le ton : câest rĂ©ellement une cantine -comme lâĂ©tait en son temps celle du conservatoire Rachmaninov- câest-Ă - dire un lieu trĂšs simple, authentique, trĂšs abordable et totalement tournĂ© vers les assiettes. Les plats marocains sont parfaitement exĂ©cutĂ©s, les amateurs et ils sont nombreux seront aux anges. Les assiettes sont gĂ©nĂ©reuses.
Service simple, attentif et aimable. Prix raisonnables.
Attention, ici on ne sert pas dâalcool. Il suffit de le savoir.
Oscar, Olivier et Thibault
Darkoum, Cantine Marocaine
17 Rue Daguerre
75014 Paris
La semaine dâOscar
Quâest-ce quâon compte laisser aux pauvres, aux cuisiniers sans imagination, aux vieux neurones : dieu sait, si toutefois il sâintĂ©resse Ă moi, Ă quel point jâaime la cuisine classique/vieillotte et autres liĂšvres des rois, terrines, Ćufs mayo, bĆufs Wellington, sans oublier lâĂ©ventail dâabats.
Mais, trop câest trop ? Des odes Ă la saucisse Ă couteau avec purĂ©e Ă la construction Ă©phĂ©mĂšre dâun bistrot type Ă La Grande Ăpicerie pour proposer Ă nous tous les Parisiens devenus touristes de sa ville, curieux de cuisine dite française, pas seulement la nappe Vichy et de Duralex mais aussi la dĂ©codification par produits, par recettes, de ladite cuisine bistrot, qui nâa rien Ă voir Ă©videmment avec celle des bistrots des annĂ©es 1960, comme les Bouillons actuels diffĂ©rents -heureusement !- de ceux au vins blancs aigrelets racontĂ©s par Huysmans.
Dans le parc thématique du supermarché de LVMH ne manqueront que les barriques pour tirer le vin en vrac direct sur la bouteille consignée.
En mĂȘme temps, une attachĂ©e de presse prend lâopportunitĂ© du grand froid revenu -des annĂ©es quâil avait dĂ©laissĂ© Paris- pour glisser dans nos boĂźtes un restaurant au-delĂ du pĂ©riph, du cĂŽtĂ© dâIssy qui nâest pas prĂ©cisĂ©ment ici, et dont la carte entiĂšre a pris son manteau pour enrober des discours comme celui-ci : «Une maison de campagne chic et conviviale, nichĂ©e au cĆur du parc de lâIÌle Saint-Germain, ouÌ lâon savoure lâhiver en douceur, loin du tumulte parisien⊠mais aÌ quelques minutes de la capitale».
«Pour les aficionados de plats plus doux, le gratin de coquillettes aux champignons et comteÌ rĂ©veille les plaisirs simples dâenfance mais cuisinĂ©s avec attention. Enfin, la saucisse servie avec un jus de viande savoureux et une purĂ©e de pommes de terre, joue la carte du grand classique parfaitement exĂ©cutĂ©Ì».
En plus dâadorer lâĂ©quivoque cachĂ© dans ce «les plaisirs simples dâenfance mais cuisinĂ©s avec attention», je souligne que «le tumulte de la capitale» loin dâĂȘtre un repoussoir est justement ce qui fait que du monde en arrive pour y contribuer. En revanche, les fiascos de moults installations ultra pĂ©riph dĂ©montrent que sâils puissent marcher parfois grĂące au public local et des bureaux, ils ne provoquent que rarement la traversĂ©e des limites de Paris.
Surtout parce que -hiver ou printemps- les prix sont toujours parisiens (41⏠les coquillettes pour deux).
Autre chose : dans la France qui a envoyé Descartes en exil, donc une France pas cartésienne pour deux sous (ni par-dessus) il est de bon ton de critiquer ouvertement ls progression des partis ultras mais jamais ceux qui les font grossir : leurs électeurs.
Par la mĂȘme sĂ©paration ardue de lâivraie, des grains et de lâivresse de poncifs, on peut incendier les grands labos qui mercantilisent la maladie mais tout en regardant le doigt qui signale et pas lâordonnance ni le mĂ©decin qui la signe.
Or, sans ordonnance signĂ©e, pas dâabus dâantibios, pas de MĂ©diator, pas de records dans la consommation de sĂ©datifs et dâamphĂ©tamines, pas de population lĂ©galement droguĂ©e donc.
Dans le mĂȘme sens, mais bien cette fois dans le sujet central dâun billet Duchemin, pas de mal bouffe (le nom dĂ©testable correspondant Ă ce quâil dĂ©signe) dans les presque 2 500 «restaurants» (Burger King+McDonalds+Quick) Ă buns dâartifice et viande approximative, sans une certaine addiction chez le bon peuple.
MalgrĂ© cette Ă©vidence, on a vu piĂ©tiner un Mc Donalds (Ă lâinvitation dâun pacifiste Ă©colo branchĂ©) mais jamais vu un mordu dâen mordre se voir agresser.
Ni non plus entendu dĂ©noncer les milliers de familles qui ont prit ces cantines en plastoc comme lâendroit idĂ©al pour fĂȘter les anniversaires des enfants.
Et je ne parle pas ici ni des tacos made in France ni des sandwichs dits grecs ni des hot-dogs au prix dâune formule dĂ©jeuner ni du rang français de deuxiĂšme consommateur mondial de pizza (pizza qui dâhabitude finit sa fermentation dans nos entrailles, JĂ©sus !).
VoilĂ donc que dans la lignĂ©e de cette foule de non cartĂ©siens qui mâa reçu et me tolĂšre je me mets Ă critiquer des mets vieillots, ceux-lĂ mĂȘme que jâaime et y consomme, pour mettre en exergue le contraire : une crĂ©ation trop subtile ce que dâhabitude je rejette.
Qui plus est, une bouchée éphémÚre créée pour la Saint-Valentin !
Le voilĂ racontĂ© par des exĂ©gĂštes dâun aspic dont la naissance aurait pu ĂȘtre communiquĂ© dans les pages society du Figaro tant il est le fils de deux familles historiĂ©es dans la gastronomie.
«Avec son dĂ©licat jeu de textures, lâAspic se pare de ses plus beaux atouts, pour un mariage iodeÌ avec Ćufs de truite, geleÌe de crustaceÌs, betterave rouge fumeÌe, Saint-Jacques, pommes de terre roÌties et deux caviar Petrossian : une ode aÌ la subtilitĂ©Ì».
La crĂ©ation, mariage de la carpe et du lapin (je donne des idĂ©es aux Verot pour une terrine ?) est signĂ©e prĂ©cisĂ©ment par Gilles et Nicolas Verot dâune part et de lâautre le fringant Mikael, fils dâArmen Petrossian et depuis trois lustres aux manettes du groupe Ă son nom.
Pour fermer lâalternance vieillot moderne, le beau geste de La Grande Cascade, avec toujours lâancien de Senderens, le chef FreÌdeÌric Robert, aux feux, qui fĂȘte le chandelier dans ce cadre Art Nouveau, autrefois pavillon de chasse impeÌrial de NapoleÌon III, avec la cĂ©rĂ©monie des crĂȘpes Suzette, au guĂ©ridon.
Et des traditions aux adieux : le 10 janvier le maire de Puymirol (Lot-et-Garonne) a profitĂ© des voeux pour annoncer la fermeture du restaurant emblĂ©matique de la rĂ©gion, lâAubergade, une Ă©toile aprĂšs en avoir eu trois. Le restaurant, ouvert par Maryse et Michel Trama en 1978, a Ă©tĂ© lâatome libre de la nouvelle cuisine française, lâĆuvre en cuisine dâun autodidacte fou de gastronomie, apprise dans les livres de la collection créée pour Claude Labey chez Robert Laffont oĂč la bible de Michel fut La Grande Cuisine dâun autre Michel, GuĂ©rard.
En 1984 Trama crĂ©a sa Cristalline, sa pomme de Newton, lâun des plats les plus copiĂ©s de la cuisine française.
Maryse et Michel Trama ont toujours gardĂ©, malgrĂ© les difficultĂ©s du mĂ©tier exercĂ© si loin de presque tout (hors de Paris point de salut), une allĂ©gresse vraie, le goĂ»t de la fĂȘte, une fine perception de lâhumaine.
La preuve, deux jours avant lâannonce de fermeture eut lieu Ă Paris un dĂźner des Restaurants du CĆur, Pascal Barbot (lâAstrance) Ă la tĂȘte de lâĂ©quipe de lâĂ©cole MĂ©dĂ©ric, sous lâauspice de lâassociation Jean-Claude Vrinat et avec une galette des rois signĂ©e de CĂ©dric Grolet («gentillesse de lâhĂŽtel Meurice») au dessert. CâĂ©tait une nouvelle action des Bouffons de la Cuisine (Barbot a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ© par Guy Savoy, StĂ©phanie Le Quellec, Christian Le Squer, Manon Fleury, Bernard PacaudâŠ), association créée par Michel Trama en 2017.
Ce demi-siĂšcle dâhistoire marquĂ© par lâAubergade a vu aussi se dĂ©velopper une technique de cuisine qui en est aussi de conservation : le sous vide. Depuis neuf ans, Paris reçoit une journĂ©e internationale sur la technique dont lâun des prophĂštes est Français, le docteur Bruno Goussault, initiateur de chefs, de JoĂ«l Robuchon, lâun des pionniers, jusquâĂ Yannick Alleno, qui a travaillĂ© avec lui sa thĂ©orie des sauces. Le 26 janvier le scientifique sera une fois de plus au centre des hommages de la 9Ăšme Ă©dition du Rendez-vous mondial de lâinnovation culinaire, journĂ©e qui dĂ©marre Ă Los Angeles, continue Ă Levallois-Perret (derriĂšre une majestueuse façade classĂ©e du XIXĂšme siĂšcle qui abrite le chĂąteau, ancien hĂŽpital franco-britannique), saute le 28 Ă DubaĂŻ et clĂŽture le voyage le 30 janvier Ă Bangkok.
On revient sur un sujet de la semaine derniĂšre (et prĂ©sumablement des suivantes), lâaccord avec Mercosur, dont on a su que «lâindustrie europĂ©enne augmentera leurs exportations de produits Ă forte valeur ajoutĂ©e et aussi les services dont dĂ©jĂ lâUE exporte pour 20 milliards dâeuros». Lâaccord se prĂ©sente aussi vachement favorable aux exportations europĂ©ennes de fromage (30 000 tonnes), de poudre de lait (10 000 tonnes) et de lait infantile (5 000 tonnes) vers les pays du Mercosur, avec des droits de douane progressivement supprimĂ©s. Et mieux encore pour les vins et spiritueux, car lâaccord UE-Mercosur prĂ©voit la suppression pure et simple des droits de douane de 27% actuellement imposĂ©s par le bloc sud-amĂ©ricain.
Quand mĂȘme il faudra faire attention car nos vins dans des bouteilles muettes avec moins de notices sur le contenu que le plus simple des yaourts, incapables dâavertir, bien sĂ»r, de la prĂ©sence probable de rĂ©sidus de pesticides, peuvent ĂȘtre forcĂ©s, un jour, Ă se mettre au niveau informatif comme, par exemple, les vins chiliens, dont les contre Ă©tiquettes sont des vrais lanceurs dâalerte sur fond noir.
Enfin, pour les chants dâorfraie sur les produits amĂ©ricains prĂ©sentĂ©s en chevaux de Troie des maladies (comme si lâEurope ne produisait que du tout organique) faut se souvenir que âles accords commerciaux sur les droits de douane ne rĂ©duisent pas les normes sanitaires aux frontiĂšresâ, et qui donc il suffit de les appliquer. MĂȘme aussi Ă lâintĂ©rieur de lâU.E.
Oscar Caballero est journaliste culturel, chroniqueur gastronomique et auteur. Notamment de « Quand la cuisine fait dateâ.
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Les produits de saison
Les produits que lâon peut lĂ©gitimement trouver sur nos tables en cette saison.Â
Quelques produits de saison en janvier
Les lĂ©gumes racines, pour les salades pensez endives, Ă©pinards et mĂąche. Purgez vous avec le radis noir. Et faites le plein de vitamines avec les agrumesâŠ
Bienvenu-BĂątard-Montrachet. (Nous allons commencer un Tour de France du VignobleâŠ)
Grand cru de Bourgogne, issu du chardonnay, dâappellation contrĂŽlĂ©e spĂ©ciale, situĂ© sur Puligny et de la famille des Montrachet. Moins corsĂ© et gĂ©nĂ©reux que le Montrachet et le Chevalier, il est peut-ĂȘtre plus fruitĂ©.
(Source : dictionnaire de lâacadĂ©mie des gastronomes)








