Le Dicton du jour :
«Saint-Claude (6 juin), emplit seaux et pipes.»
Au Petit Bar
Bistrot|75001 Paris
Voyage dans le temps garanti dans cette institution créée il y a 60 ans et qui défie le temps qui passe. Après-midi les parents, ce sont désormais les deux fils -qui ont l’âge de la maison- qui sont aux commandes.
Le secret : savoir rester simple dans un monde trop complexe.
Ici, pas de superflu : un menu unique qui se reproduit chaque semaine, un seul vin par couleur, un décor d’origine, ni chèques, ni carte bleue pour ne pas céder à l’air du temps. Bref des plats classiques parfaitement maîtrisés (petit salé aux lentilles, rôti de veau, gigot d’agneau…)
Ici, la vie est simple.
C’est un havre de paix dans un quartier qui ne l’est pas.
L’accueil est très sympathique et les prix sont très raisonnables, et pour les étourdis, il y a un distributeur de billets pas loin !
À connaître absolument pour ceux qui ont la nostalgie des vrais bistrots.
Oscar, Olivier, Patrice et Thibault
Au Petit Bar
7 rue du Mont Thabor
75001 Paris
La semaine d’Oscar
Quelle était la langue maternelle de Louis XIV ? L’espagnol bien évidemment, car sa mère était Anne d’Autriche (1601-1666) qui, comme son nom ne l’indique pas, était espagnole, fille du roi Philippe III (1553-1610). Bien sûr, arrière-petit-fils du roi d’Espagne Philippe II (1527-1598), Louis XIV était aussi le petit-fils du roi de France Henri IV (1553-1610).
Voilà la double nationalité franco-espagnole, établi qu’en 2022, mais anticipé royalement quatre siècles en arrière.
Plus proche de nous, un autre équilibriste entre les deux pays voisins et qui donc se méconnaissent et s’en affrontent, Victor Hugo (1802-1885) qui a 6 ans quand avec sa mère il arrive à Madrid, où son père le général Hugo vient de s’installer comme occupant.
Victor gardera malgré tout («l’accueil se révèle décevant : sa mère et ses frères ne sont pas les bienvenus car le général a une maîtresse») un bon souvenir.
«Plutôt que de la traumatiser, cette expérience nourrit l’imagination de Victor Hugo et influence durablement son œuvre. La pièce Hernani tire son nom du petit bourg d’Ernani, première étape de son voyage espagnol».
Qui plus est, «si j’avais grandi et vécu en Espagne -avoua-t-il dans le Journal d’Adèle H. (1854)- je serais devenu un poète espagnol […] C’est par la chute de l’empereur […] que moi, le futur poète espagnol je suis devenu poète français».
C’est l’une des centaines d’enseignements de France-Espagne Une histoire croisée de A à Z*, prodige de ce qu’on appelle la petite histoire, dont les quelques 300 notices, d’Auberge espagnole à Zidane (Zinedine), avec sa chronologie fort utile, sa bibliographie aussi nécessaire, et son humour, outil pédagogique bienvenu, est signé de Pierre Berlan, enseignant dans les sections franco-espagnoles BachiBac (mot qui a bien sûr sa notice) et vice-président des Rencontres franco-espagnoles de Montpellier.
Populaires, Almodovar, Paco Ibañez, Victoria Abril, Jean Reno, Carmen Maura, Olivia Ruiz, David Pujadas (né à Barcelone) ou Sergi López, ont leur place à côté de Louis de Funès (1914-1983), «le plus grand acteur comique du cinéma français du XXe siècle […] né d’une famille d’origine espagnole. Sa mère, Leonor Soto Reguera, issue de la bourgeoisie madrilène, avait fui l’Espagne au début des années 1900 avec son mari Carlos de Funes de Galarza, contre l’avis de ses parents».
Abandonnés par le père (pas avant d’avoir «dilapidé la fortune familiale dans des affaires risquées»), Louis et ses frères grandissent avec une maman «au caractère explosif, colérique et théâtral». C’est à dire, l’inspiration du «futur jeu de son fils».
En apprenant que Prosper Mérimée (1803-1870) «dans le premier des cinq voyages qu’il a fait en Espagne a eu la chance de faire amitié avec la famille de Montijo», on comprendra tout ce qu’une telle amitié lui vaudra, quand Eugenia de Montijo «deviendra impératrice de France en épousant Napoléon III en 1853». La preuve, dès la même année Prosper va prospérer en étant «nommé sénateur par l’Empire, puis élevé aux rangs de commandeur et de grand officier de la Légion d’Honneur».
«Pour divertir la cour il compose sa célèbre dictée en 1857». Et d’après Berlan, «il entretient une relation privilégiée avec Madame de Montijo, mère d’Eugénie, qui demeura sa confidente jusqu’à sa mort. C’est d’ailleurs grâce à Madame de Montijo et à un voyage dans le sud de l’Espagne qu’il trouve l’inspiration pour sa nouvelle Carmen (1854), publiée en feuilleton dans la Revue des Deux Mondes».
Si de Mayonnaise à Salade russe ou Croquettes, il y a de quoi se nourrir, comme un roi même («consommé aux profiteroles, brochet au beurre blanc, selle d’agneau rôtie, asperges du Val de Loire, fromages régionaux et bavaroise au kirsch» fait servir le président Giscard d’Estaing à son invité, le flambant roi d’Espagne Juan Carlos Ier de Bourbon, en février 1975), il manque au livre cependant un émigrant de 9 ans, de Badalona à Bordeaux, Francis García, devenu chef propriétaire, en 1987, du légendaire Chapon Fin (1825) de Bordeaux, où le roi Alphonse XIII d’Espagne avait eu son rond de serviette.
Et pour la littérature et la politique il manque aussi Chavez Nogales, Manuel (1897-1944), auteur de l’Agonie de France (Quai Voltaire, 2011) la plus lucide des analyses des entre guerres et les raisons de la défaite et la collaboration.
Mais il est vrai que le grand journaliste et écrivain, mort à Londres, trois ans après la publication, en espagnol et à Montevideo, de son livre, fut ignoré longuement en Espagne, où il n’exista jusqu’au XXIème siècle que par son (extraordinaire) biographie, de 1935, Juan Belmonte, matador de taureaux (Verdier, 1990).
Toujours lettrés, on finira sur Le Cid de Corneille, qui mérite 1 page et demi dans France-Espagne, du fait des péripéties de la pièce, triomphe théâtrale et polémique courtisane.
Pierre Corneille (1606-1684), avait été anobli pour le roi grâce à la protection du cardinal de Richelieu la même année de 1637 de la première de sa pièce. Envieux de son triomphe, deux dramaturges l’accusent d’avoir bafoué les règles du théâtre classique, notamment celle des trois unités imposées depuis 1630. Ils lui reprochent également de «glorifier l’Espagne, alors que la France est engagée dans la guerre franco-espagnole (1635-1659)», et enfin le soupçonnent de plagiat, la pièce étant «en effet très proche de Las Mocedades del Cid (1631) de l’auteur espagnol Guillén de Castro».
L’Académie Française est priée de donner son verdict, ce qui réjouit le cardinal, «car il voit ainsi devenir autorité littéraire suprême l’institution qu’il vient de créer».
* Pierre Berlan. France-Espagne Une histoire croisée de A à Z, Atlande, 2026. 337 pages. 25€
Et voilà que le 20 mai 2026 un chef de cuisine, Guy Savoy, devient le premier du métier à être installé académicien
Il y a des lenteurs dans la confection des dicos de cette Académie fondée par le cardinal en 1635. Seulement sept éditions entre 1694 et 1935, suivies avec un rythme plus soutenu mais quand même, par celles de 1992, 2000, 2011 et 2024.
De la parcimonie aussi du côté de l’Académie des Beaux-Arts, l’une des cinq réunies à l’Institut de France, dont le retard en recevoir d’un représentant des physiologies du goût, fut ainsi évoqué par le musicien et secrétaire perpétuel de l’Académie, Laurent Petitgirard, qui prononça le discours d’installation du chef Guy Savoy, le premier du métier à y accéder, en invoquant le fait que «les chefs de cuisine le sont d’orchestre dans un certain sens, en officiant par ailleurs devant un piano» dans le jargon du métier.
Mais si cela justifiait sa place à la réception, en tant que pianiste, compositeur (éclectique : musique symphonique, opéras, musique de chambre et de films), doublé d’un chef d’orchestre, il a fait rire la petite foule réunie sous la coupole de l’Institut, en s’adressant ainsi à Savoy : «quand il s’est avéré que l’écriture de ce discours allait nécessiter une vingtaine de séances de travail et d’études approfondies, qui devraient toutes se dérouler dans votre cuisine, j’ai pensé qu’il était du devoir du Secrétaire perpétuel de s’impliquer et de faire preuve d’un esprit de sacrifice».
Or, d’après Petitgirard l’Académie réagissait après un retard d’au moins deux siècles, le laps du temps qui s’est écoulé depuis la publication de la Physiologie du goût (et qui mort s’ensuive de l’auteur, Brillat-Savarin) et l’installation d’un officier de bouche.
Puisque «le prophète de la gourmandise» -réfléchit le musicien- «était un écrivain à la prose admirable, il aurait pu prendre rang à l’Académie française», tandis que «son érudition aurait pu lui réserver une place à l’Académie des inscriptions et Belles-Lettres» et qu’il aurait pu «en défenseur de l’idée que la cuisine est aussi une chimie et s’élabore dans ses laboratoires, rêver que l’Académie des sciences ait sa section de membres libres». Enfin, «étant en son domaine un législateur, il aurait pu s’il avait vécu plus longtemps compter parmi les membres de l’Académie des sciences morales et politiques».
Mais «rien de tout cela». Il n’y aura du gastronome malgré «la Révolution qui apporte au monde les restaurants et les Droits de l’homme, de l’Empire qui imprima son goût à l’Europa, de la Restauration qui vit triompher Antoine Carême, le premier à être appelé chef par ses contemporains […] Il aura fallu 200 ans de diète pour que ce soit l’Académie des beaux-arts qui vous élise, vous, le premier chef ici, et que vous demandiez à un musicien de vous en ouvrir les portes».
En mécène ayant cène, quoi de plus normal que de se voir attribuer par son confrère académicien Marc Ladriet de Lacharrière l’épée correspondante, commandée par Guy Savoy en profitant de son autre installation, celle de son restaurant à La Monnaie, au Graveur général des monnaies, Joaquin Jimenez et dont l’envers de la garde montre un artichaut, «le seul légume -dixit Savoy- qui a un cœur». L’artichaut c’est aussi le produit phare de son plat éternel, une soupe aux artichauts accompagnée d’une brioche truffée.
Ladite soupe servie après la cérémonie sur le sol pavé de la Cour d’honneur, devant l’Institut (mémoire vive de Mazarin, le successeur de Richelieu), par Potel et Chabot, a montré une fois de plus que des sérieux académiciens peuvent devenir des enfants affamés, avec un coupe-file virtuel (n’oublions pas qu’ils portent épée), et que ce type de réceptions, fait réalité l’aide aux minorités, dans ce sens que les riches étant une minorité c’est plus facile de satisfaire sa gourmandise, moins discrète cependant que la si polie famine des majorités.
Finissons sur une sympathique révélation du discours de Petitgirard, renforcée par une vidéo : dans sa maison secondaire, Guy Savoy a un renard, apprivoisé comme le voulait Saint-Exupéry et appelé Anatole.
En connaissant l’astuce de la bête et le métier de son propriétaire, on supposera que Anatole ne va pas demander à son maître de lui dessiner un agneau mais plutôt de le lui servir sous la forme d’un gigot de sept heures, par exemple.
Oscar Caballero est journaliste culturel, chroniqueur gastronomique et auteur. Notamment de « Quand la cuisine fait date”.
© Magnific
Les produits de saison
Les produits que l’on peut légitimement trouver sur nos tables en cette saison.
La rhubarbe
Quel merveilleux produit. D’une grande finesse. Son acidité fait peur parfois mais quelle erreur. Elle se gère avec ce qu’il faut de sucre de canne… Ou de sel.
Alors, en tarte (avec une migaine…), en confiture, en compote, en légumes ne ratez pas la saison.








