Le Dicton du jour :
« à la Saint-Gontrand (28 mars), si la température est belle, arrivent les premiÚres hirondelles ».
Héritages
Restaurant gastronomique|75008 PARIS
Il est difficile de contester que les bretons - en particulier ceux du Nord de la Bretagne - sont des maĂźtres dans lâart trĂšs dĂ©licat de la cuisine du poisson. Et ThĂ©o Caldart, le chef au fourneau de cette maison, en est la parfaite illustration. Il dĂ©cline poissons et crustacĂ©s avec une prĂ©cision redoutable et notamment dans les associations de goĂ»ts que lâon retrouve dans chaque assiette. Pour les amateurs, câest probablement lâune des tables marines les plus intĂ©ressantes du moment.
Il a ici les moyens dâexprimer pleinement son talent.
Le restaurant est petit, il ne comporte que 5 tables (et un petit salon) et il faut saluer lâengagement des mĂ©cĂšnes qui permettent Ă cet endroit ainsi quâĂ la maison Dubois de vivre, tout en gardant des prix raisonnables.
Ce sont deux laboratoires exceptionnels.
Arthur Dubois, qui officie Ă la maison Dubois situĂ©e Ă quelques encablures, est dâailleurs le mentor de ThĂ©o Caldart.
Service et sommellerie trĂšs professionnels. (On retrouve la patte du merveilleux Patrice Jeanne).
Oscar, Olivier, Patrice et Thibault
Héritages
11 rue Treilhard
75008 Paris
La semaine dâOscar
Il a lâhabitude de la diffĂ©rence et donc câest en pleine connectivitĂ© avec son passĂ© que Mauro Colagreco fĂȘte les 20 ans de son restaurant Mirazur, pendant 45 jours (du 1er avril au 15 mai), en inventant, pour son collĂšgue Ferran AdriĂ , lâun des deux crĂ©ateurs du disparu El Bulli, la charge de commissaire Ăšs menu, Ă la façon des curateurs dâexpositions, pour surveiller une anthologie des plats qui ont marquĂ© la trĂšs mouvementĂ©e histoire de ces deux dĂ©cennies.
Colagreco sait communiquer et dans plusieurs langues par ailleurs : le castillan de son Argentine natale, lâitalien des ancĂȘtres -trĂšs utile quand on devient restaurateur Ă Menton, Ă deux pas de la frontiĂšre avec lâItalie- le français de son pays dâadoption et enfin lâanglais indispensable pour un chef avec des restaurants partout dans le monde et qui plus est ambassadeur pour lâUNESCO.
Ces vingt ans Ă©coulĂ©s sont aussi ceux dâune rĂ©volution mondiale de la gastronomie, des considĂ©rations medioambientales et sur les conditions du travail en cuisine et en sont devenus le code Ă©thique et aussi esthĂ©tique dâune gĂ©nĂ©ration, et auquel ont aussi adhĂ©rĂ© en pensĂ©e et en action une bonne partie des commensaux contemporains.
Mais voici cette histoire au singulier.
Lâendroit prĂ©cis mais surtout le moment juste : la ponctualitĂ© avec soi-mĂȘme câest la clĂ© de certaines vies. Ă partir dâun tel rendez-vous oĂč tout vous rĂ©ussit le reste semble aller de soi.
Imaginons une ville, La Plata, lâargent en espagnol, situĂ© Ă 50 km de Buenos Aires, cette capitale qui absorbe la vie et la richesse de plus de 3,5 millions de km2 du pays. Et lĂ -bas, dans cette ville universitaire excentrĂ©e et cependant capitale de la province de Buenos Aires (500 000 km2 la taille de la France) un adolescent convaincu dâun avenir calme, Ă©tudiant en Ă©conomie, sur les traces du papa comptable dans le bureau paternel qui se porte bien.
Ce pĂšre a bien sĂ»r -il est Argentin- une deuxiĂšme personnalitĂ© en maĂźtre des grillades du dimanche, tandis que mĂšre et grand-mĂšre paternelle sont dâexcellentes cuisiniĂšres.
Si lâenfant puis lâadolescent prend un grand plaisir Ă table et aussi en labourant le jardin potager avec grand-pĂšre, rien de tout cela lui semble liĂ© Ă un mĂ©tier. La rĂ©vĂ©lation sera plus que tardive : câest Ă 22 ans que Mauro entrevoit la cuisine derriĂšre lâassiette et un futur pour lui et câest pour confirmer cette intuition quâil sâinscrit dans une Ă©cole de cuisine, Ă Buenos Aires.
Le destin intervient avec une bourse pour la France ; un lycĂ©e hĂŽtelier, puis un stage Ă cĂŽtĂ© de Bernard Loiseau dont le magistĂšre bienveillant lui convainc dâoublier le lycĂ©e et faire de cette cuisine lĂ son Ă©cole.
Il en aura dâautres, toutes prestigieuses : chez Yannick Alleno, chez Alain Ducasse, chez Alain PassardâŠ
Enfin, comme pour Ducasse, la vraie fulgurance sera provençale pour Mauro : on lui parle dâun endroit en rapport avec la restauration depuis 1933, transformĂ© en restaurant sous lâenseigne Mirazur, avec vues sur la MĂ©diterranĂ©e, abandonnĂ© dans une ville au bout du bout de la CĂŽte dâAzur : Menton.
Sans Ă©tude de marketing ni moins encore de lâargent, Mauro a de la fougue pour sĂ©duire le propriĂ©taire et sây installer, Ă lâaventure mais sous la bonne venture de la coalition entre le temps et lâespace.
Courant 2006 le trentenaire Mauro Colagreco remet en marche ce Mirazur endormi, frontaliĂšre avec lâItalie dâoĂč quelques ancĂȘtres sont partis, au XIXe siĂšcle, vers un sud plus lointain rĂȘvant de « faire lâAmĂ©rique » comme on disait alors.
Il lui suffira de six mois et dâun talent certain, pour ĂȘtre nommĂ© Chef rĂ©vĂ©lation de lâannĂ©e par Gault&Millau, le guide que trois millĂ©simes aprĂšs lui le consacrera chef de lâannĂ©e, Colagreco devenant ainsi le premier chef non français aÌ recevoir cette distinction.
Entre temps en 2007 il a eu sa premiĂšre Ă©toile Michelin. Les lauriers prennent un rythme endiablĂ© : Mirazur se voit attribuer quatre toques par Gault&Millau en 2010, une deuxieÌme eÌtoile Michelin en 2012 et enfin en 2019, dĂ©jĂ le chef devenu Chevalier des Arts et des Lettres, son Mirazur deÌcroche la troisieÌme eÌtoile tout en Ă©tant consacreÌ Meilleur Restaurant du Monde par le guide 50 Best, tandis que le magazine Le Chef fait de Colagreco son Chef de lâanneÌe, Ă©lu par ses pairs.
Encore il y aura la certification Sans plastique (premier restaurant au monde) pour Mirazur en 2019 et trois annĂ©es plus tard la dĂ©signation de Colagreco comme «ambassadeur de bonne volonteÌ de lâUNESCO en faveur de la biodiversitĂ©Ì». Câest comme Vice-PreÌsident des chefs de Relais & ChaÌteaux et Chevalier de la LeÌgion dâhonneur que Colagreco dicte en 2023 sa premieÌre confĂ©rence aÌ Harvard University, consacrĂ©e aux influences cosmiques dans la gastronomie.
Il ne sâagit pas de parler thĂ©orie, loin de lĂ , puisque dĂ©jĂ le Mirazur est un restaurant aux cinq potagers en permaculture, sa cuisine des quatre stations obĂ©issant lâĂ©nergie lunaire et les rĂšgles de la biodynamie.
Câest vers 2007 que jâai connu et Colagreco et Mirazur et de cette premiĂšre fois jâai le souvenir surtout de la conviction du jeune chef dâun sacrĂ© pour Mirazur et de quelque chose comme une mission pour lui, incarnĂ©e dans un premier jardin potager. Il est vrai quâil fallait la foi du charbonnier (pardon : des Ă©nergies alternatives) pour situer ce Mirazur excentrĂ© au cĆur du cosmos gastronomique car le plus Ă©vident alors câĂ©tait les difficultĂ©s de tout commencement, multipliĂ©es par lâĂ©loignement de Menton, le manque de personnel et le fait de refuser toute facilitĂ© dans lâassiette.
Mais le voilĂ vingt ans aprĂšs connu de tous : les folies dâun cuisinier Ă©tranger et dâun restaurant perdu au fin fond dâun non-emplacement sont devenus des certitudes partagĂ©es pour le grand nombre des grands chefs.
Ainsi des «jardins mĂ©diterranĂ©ens en agriculture rĂ©gĂ©nĂ©rative visant Ă restaurer la vitalitĂ© des sols et mises en marche» dĂšs 2009, la mĂȘme annĂ©e ou Mirazur lance sa consigne zĂ©ro pollution globale (la gestion de lâeau, le tri des matiĂšres et la valorisation des dĂ©chets, permettant aujourdâhui de rĂ©cupĂ©rer environ 75 % des rĂ©sidus du site). DĂšs 2017, Mirazur propose des «boissons gastronomiques» pour qui ne boit pas de lâalcool, la mĂȘme annĂ©e oĂč dĂ©marre lâĂ©limination de tout plastique Ă usage unique en cuisine et en salle.
Qui plus est, dĂšs 2020, en plus du personnel habituel dans la haute gastronomie, chez Mirazur naĂźt une partie Recherche & DĂ©veloppement rĂ©unissant cuisiniers, ethnobotaniste-cueilleur, anthropologue-archeÌologue, responsable des enjeux sociaux et environnementaux et coordinateur de projets crĂ©atifs, en plus dâun Ă©crivain.
Tout ce qui pouvait sembler dystopique en 2006 est dans lâair du temps maintenant, comme le dĂ©montre la charge de Colagreco chez Relais & Chateaux, dans la gouvernance dâun rĂ©seau mondial de plus de 800 maisons et oĂč il y encourage activement ses pairs aÌ Â«supprimer les plastiques, protĂ©ger la biodiversitĂ©, promouvoir la pĂȘche responsable et inscrire la cuisine dans une conscience durable».
Exactement comme si tout cela allait de soi et câest le cas en 2026.Mirazur. 30, Avenue Aristide Briand, 06500 Menton.
Tél.: 04 92 41 86 86. Réservations : mirazur.fr
Menu 20 ans du 1er avril au 17 mai 2026 : 530 âŹ. Trois sĂ©lections de vins (historie ; millĂ©sime 2006 ; grands crus dâanciens millĂ©simes) Ă 350, 750 et 950âŹ.
Le repas est prĂ©cĂ©dĂ© par la visite dâune exposition qui raconte les longs mois de prĂ©paration du menu, prĂ©sente une cartographie des plantes et culmine par une «installation immersive consacrĂ©e aÌ lâexcellence culinaire âet donc culturelleâ française, dâAuguste Escoffier aÌ la Nouvelle Cuisine, montrant comment cet hĂ©ritage incomparable demeure une source vive dâinspiration pour une gastronomie en perpĂ©tuelle Ă©volution».
Façon de boucler la boucle. Car ce nâest pas si mal par les temps qui courent de se souvenir dâun dĂ©tail gĂ©o historique : le chef français par excellence, Auguste Escoffier est nĂ© Italien comme lâĂ©tait alors le ComtĂ© de Nice.
Oscar Caballero est journaliste culturel, chroniqueur gastronomique et auteur. Notamment de « Quand la cuisine fait dateâ.
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Les produits de saison
Les produits que lâon peut lĂ©gitimement trouver sur nos tables en cette saison.Â
Asperges
Ăa y est, elles sont Ă nouveau omniprĂ©sentes. Vertes ou blanches, elles envahissent nos assiettes. Il est encore un peu tĂŽt pour les grands amateurs dont je fais partie. Dâici peu les prix se seront assagis et nous pourrons leur rendre lâhommage quâelles mĂ©ritentâŠ
Sauce Mousseline
Câest la sauce qui revient le plus souvent pour accompagner les asperges.
Reprenez les bases de la sauce Hollandaise (notre chronique de la semaine derniĂšre) et ajoutez-y de la crĂšme fouettĂ©e. Câest la lĂ©gĂšretĂ© qui caractĂ©rise ce type de prĂ©paration et que lâon associe au nom mousseline.
(Source : dictionnaire de lâacadĂ©mie des gastronomes)








